Le yoyo relationnel : une relation à l’autre entre avidité et rejet

La femme yoyo est dans le “tout ou rien”. La relation à l’autre se joue dans la même tonalité, avec des amitiés et des amours passionnelles. Si l’autre se montre décevant, c’est-à-dire s’il ne répond pas à ses attentes, à ses demandes qui peuvent s’exprimer sur le mode l’avidité et de l’excès, elle rompt. Et même si elle l’instigatrice de la rupture, elle va la vivre comme un abandon.

La femme yoyo a une relation à l’autre complexe, paradoxale. Elle attend beaucoup de lui. S’il est absent, il lui manque et elle se sent comme abandonnée. Et s’il est présent, elle se sent parfois envahie et étouffe comme s’il prenait toute la place…

Pour la femme yoyo, difficile de trouver la bonne distance

La femme yoyo a du mal à trouver la bonne distance, l’autre est rarement à la place où il devrait être. Il faut dire que les demandes de la femme yoyo ne sont pas claires. D’ailleurs, elle-même n’est pas réellement consciente d’avoir une relation à l’autre paradoxale. Son manque affectif et sa difficulté à s’affirmer font qu’elle oscille entre avidité et rejet de l’autre. Une relation à l’autre similaire à sa relation à la nourriture : alternance de manque et de trop plein, de fuite et de fusion à l’origine de nombreuses frustrations.

Manque de confiance en soi et squat psychique

La femme yoyo manque de confiance en elle, son narcissisme est fragile et son Moi immature car il n’a pu accéder à toutes les étapes du développement affectif et psychique. Un flou identitaire qui gomme en partie les limites avec l’autre. Cette porosité rend la femme yoyo sensible et perméable à la présence de l’autre jusqu’à se sentir par moment envahie comme squattée par l’autre. Squat, habitat précaire et insécurisant sans aucune intimité et dans lequel on ne se sent pas protégé. À tout moment, quelqu’un peut faire irruption. C’est ce que l’on ressent lorsque l’on dispose d’un narcissisme fragile basé sur un sentiment d’insécurité.

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Un individu insécurisé a des difficultés à trouver sa place et ressent une inquiétude comme si à tout moment il pouvait être délogé et ne plus avoir de place à lui. Le sentiment d’être squattée résulte aussi du besoin qu’a la femme yoyo de vouloir plaire à tout le monde, ce qui peut l’amener à s’oublier elle-même pour correspondre aux attentes des autres.

Dans sa quête éperdue d’amour, elle cherche tellement à coller au désir de l’autre que les frontières avec lui sont abolies. Une proximité qui lui donne alors l’impression d’être squattée.

Qu’est-ce que le yoyo relationnel ?

Le paradoxe est au coeur du fonctionnement yoyo, une oscillation qui ballotte la femme yoyo entre deux perceptions antagonistes de sa relation à l’autre. Ainsi il apparait autant comme un protecteur que comme un intrus-squatteur lorsque la relation devient étouffante où que l’autre semble trop proche.

La femme yoyo a tellement peur de se sentir rejetée, ce qui ferait ressurgir un sentiment d’abandon qu’elle s’évertue à plaire à tout prix. Comme si elle cherchait à ce qui l’autre vienne approuver, acquiescer, cautionner la personne qu’elle est. Elle cherche donc à être rassurée par l’autre. En revanche la contre-partie de cette position fait qu’elle lui donne un pouvoir, ce qui provoque par moment un sentiment d’intrusion. Le yoyo relationnel est donc cette oscillation entre la recherche d’une proximité voire d’un collage, d’une fusion à l’autre afin de se sentir aimée, et l’envie de fuir et de s’éloigner lorsque le rapprochement avec l’autre devient intrusif.

Dans son attitude paradoxale, elle recherche le regard, l’avis, l’approbation de l’autre tout autant qu’elle les redoute. Car l’autre à ce moment-là réveille une autre de ses angoisses : l’angoisse d’emprise et d’intrusion. Vite s’en libérer, fuir, s’échapper…

Quand le yoyo alimentaire met des limites

Au niveau relationnel la femme yoyo est donc ballotée entre son angoisse d’emprise et d’intrusion qui lui donne envie de fuir et son angoisse d’abandon qui l’empêche de goûter à la solitude de manière paisible. Grâce à son fonctionnement yoyo, elle arrive à inverser la tendance. Elle ne pense plus qu’à son régime ou à la nourriture. Ces obsessions lui permettent de créer une distance entre elle et l’autre, mais aussi de supporter son absence. Comme si elle contrôlait la relation. Ses obsessions alimentaires l’occupent, elle ne se sent plus ni squattée, ni abandonnée.

Elle pense alors à manger ou à ne pas manger, ou peut se lancer dans des calculs de calories ingérées ou éliminées. Le fonctionnement yoyo, tel un doudou, crée une bulle protectrice dans laquelle peut s’enfermer la femme yoyo pour lutter contre ses angoisses antagonistes. D’où parfois l’impression d’indifférence et de froideur qu’elle peut produire lorsqu’elle devient ainsi distante.

Cette attitude en tout ou rien, de rejet ou de fusion, les autres n’y comprennent souvent rien et peuvent aller jusqu’à lui reprocher cette soudaine froideur. Ce qui peut pousser certaines femmes yoyo à s’isoler davantage voire à partir et à rompre la relation.

Isolement ou étourdissement relationnel, une diversité de femmes yoyo

Il n’y pas qu’une seule femme yoyo, mais des femmes yoyo. Le concept de femme yoyo rassemble ainsi des femmes aux attitudes contrastées. D’ailleurs, chacune est adepte du grand écart et peut adopter l’attitude inverse dans le plus joli des revirements et à la surprise de tous. La relation à l’autre est soumise aux mêmes pirouettes. Toutefois certaines femmes yoyo sont plus isolées que d’autres. Ne voulant plus être squattées, elles se sont repliées sur elles-mêmes avec leur doudou, leur yoyo alimentaire qui leur tient compagnie. Alors que d’autres s’étourdissent dans de multiples relations fusionnelles qui se révèlent au bout du compte superficielles : en voulant plaire à tout prix, elles ne sont pas elles-mêmes…

La femme yoyo n’aura plus besoin de son yoyo relationnel dès qu’elle assumera qui elle est et ne cherchera plus une caution, une réassurance auprès de l’autre. Elle sera alors dans une relation à l’autre vraie et authentique…

Rita Sansone Villemin

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