Le yoyo, une stratégie de survie ?

Pour de nombreuses femmes, le fonctionnement yoyo s’est mis en place à l’adolescence. L’adolescence est une période transitoire qui débute à la puberté, un moment où le corps se transforme et les attitudes changent aussi, l’enfant grandit.

Adolescence, crise et questionnements existentiels

L’adolescence est aussi une période d’incertitude et de questionnements sur l’avenir et la personne qu’on va devenir. L’ado remet en question ses parents et leurs valeurs. Il cherche à s’affirmer, à émettre son avis, afficher sa différence, parler en son nom… Bref à s’approprier sa subjectivité, à devenir un sujet autonome et indépendant.

C’est une phase structurante même si cela peut passer par des conflits, un mal-être et un sentiment de déprime. Pour certains, la crise et la confrontation à l’autorité seront manifestes, voyantes et bruyantes. Pour d’autres les conflits seront plus intériorisés…

Adolescence : l’installation du yoyo

La plupart des femmes yoyo ont tout gardé pour elles. Certaines ont peut-être exprimées leur mal-être, mais ne se sont pas senties entendues, comprises. Alors, comme pour celles qui sont restées silencieuses, le corps est devenu le réceptacle de leurs doutes, de leurs peurs, de leur colère, de leur angoisse. Le fonctionnement yoyo s’est alors mis en place, soit en mangeant pour se consoler, se réconforter ; soit en entamant un régime pour reprendre le contrôle de leur corps qui venait de subir les transformations propres à la puberté. Quelle que soit la tendance, manger ou ne pas manger, nourriture ou régime, la future femme yoyo était déjà dans une posture de contrôle : de son alimentation, de ses émotions et de son corps.

Tout en restant mesurée, car le fonctionnement yoyo n’est pas aussi bruyant et visible que le sont la boulimie ou l’anorexie, deux autres troubles alimentaires qui débutent aussi majoritairement à l’adolescence. D’ailleurs, le fonctionnement yoyo peut passer inaperçu et de nombreuses femmes yoyo ne sont pas conscientes de leur trouble alimentaire. Elles se voient comme gourmandes ce qui contrarie leur envie d’avoir un corps mince. Oscillation entre deux obsessions, la nourriture et la minceur : le yoyo est en place. Son manque de visibilité ne le rend pas moins dangereux.

Une entrée plus tardive dans le fonctionnement yoyo

Si pour beaucoup de femmes yoyo, l’adolescence a représenté le passage, la porte d’entrée dans le fonctionnement yoyo, pour d’autres, la découverte du yoyo s’est faite plus tard. Pour elles aussi, le yoyo a également fait son apparition dans une période de crise, de transition, de changement, d’hésitation… Il peut s’agir du choix des études ou d’une orientation professionnelle, de l’entrée dans la vie active, du départ du domicile parental, d’un échec, d’un projet qui n’aboutit pas et auquel il faut renoncer ou bien d’une séparation, d’un divorce, d’un deuil, de la perte d’un être cher, ou même de la naissance d’un enfant.

Toute période de fragilité, de bouleversement, de séparation, de changement nous confronte à un remaniement interne et psychique, à une crise existentielle en quelque sorte. Il s’agit de quitter l’organisation qui était en place jusque-là et d’en créer une autre avec d’autres paramètres. Une période de transition et de remise en question comme peut l’être l’adolescence où il faut parvenir à se dégager de l’enfance pour avancer, évoluer et devenir peu à peu adulte.

L’incapacité à franchir le cap, à se confronter à la crise, au conflit interne est propice au basculement vers le yoyo. Grâce au fonctionnement yoyo, la femme ou jeune fille va contourner, éviter la crise et les questionnements existentiels. Elle va se mettre à penser à manger ou ne pas manger, se dédier totalement à ses obsessions alimentaires et pondérales. Le yoyo alimentaire est en place et les autres yoyos qui se cachent derrière également.

Une stratégie d’évitement qui n’est pas sans risque…

Tout individu sera confronté tout au long de sa vie à des crises. C’est en s’y confrontant, en cherchant des réponses à ses questions, en interrogeant ses désirs (Que souhaite-t-il mettre en place ? Qu’attend-il  de la vie) qu’il avance. Il se sent vivant et acteur de sa vie. Certes, ces passages peuvent se révéler douloureux et inquiétants. Ils suscitent généralement des émotions désagréables mais qui ne feront que passer.

La femme yoyo fuit les situations inconfortables. Son fonctionnement yoyo lui permet de contrôler les émotions qui découlent de cette confrontation à la réalité. Ces crises, les périodes de réorganisation, de mutation confrontent l’individu à des choix, comme s’il se trouvait à un carrefour de sa vie et devait choisir une direction.

La femme yoyo en se saisissant de son yoyo fuit la crise et les émotions, elle ne prend aucune véritable décision. Elle laisse très souvent les autres ou les circonstances décider pour elle car elle n’exprime pas ses choix. C’est ce qui arrive lorsque l’on ne s’écoute pas. La conséquence de tout cela ? L’impression de stagner et de ne pas se sentir actrice de sa vie. Un peu comme si elle tournait sans fin tout autour d’un rond-point. Elle ne se saisit pas des opportunités que donnent les différents carrefours de la vie. Elle tourne, tourne, sans se décider vraiment, sans avancer et répète sans cesse le même mouvement. Une agitation aussi stérile que celle de son yoyo. Le fonctionnement yoyo est un comportement d’évitement, une stratégie de survie qui empêche de vivre pleinement et librement.

Se sentir enfin vivante

La stratégie de survie n’est efficace que sur le court terme. Sur le long terme, elle se révèle toxique car les émotions qui avaient été évitées, anesthésiées, resurgissent de plus belle lors du réveil post-anesthésie.

La femme yoyo ne pourra avancer et se sentir libre qu’en lâchant  son yoyo et en se confrontant  à ses émotions, à ses doutes, à ses questionnements et à ses propres désirs. Elle sera alors en capacité d’exprimer de véritables choix. Il faudra sans doute passer par une période de transition, accueillir les émotions, les angoisses sans chercher à les taire, à les contrôler, à les museler à coup de nourritures ou de restrictions alimentaires.

Elle pourra alors se sentir enfin vivante, traversée par ses émotions. Car à force d’éviter les crises et les émotions, on survit mais on passe à côté de sa vie…
Rita Sansone Villemin

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